10 mesures d’urgence pour le repérage et l’intervention précoce en santé mentale

Publié en février 2026
par Dr Rachel Bocher, Psychiatre des Hôpitaux, Cheffe de pôle au CHU Nantes Pr Marie-Odile Krebs, Psychiatre d’adulte, Cheffe du pôle PEPIT au GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences, Responsable d’équipe à l’IPNP Inserm UMR1266 - Université Paris Cité, Coordinatrice du réseau Transition et du RHU PsyCARE Mme Angèle Malâtre-Lansac, déléguée générale pour l’Alliance de la Santé Mentale.
- France
Parcours de soins et offre de soins
Les troubles psychiques constituent aujourd’hui la première cause de morbidité et de handicap chez les jeunes de 15 à 25 ans, période déterminante pour la construction personnelle, sociale et professionnelle. La dégradation récente de la santé mentale des jeunes en France impose une réponse structurelle et rapide.

Si plusieurs dispositifs de première ligne ont été déployés, ils ne permettent pas encore un accès fluide et rapide vers les soins spécialisés lorsque la situation l’exige, et l’enchevêtrement des structures à destination des jeunes s’apparente souvent à un millefeuille illisible. Les délais actuels d’accès aux soins sont particulièrement préoccupants (entre 2 et 5 ans). Trop souvent, l’entrée dans les soins se fait en situation de crise, via les urgences ou sous contrainte, avec un impact traumatique pour le jeune et son entourage.
Le rapport de la mission « Intervention et repérage précoce » s’appuie sur une revue de littérature internationale et plus de 100 auditions menées entre novembre 2025 et janvier 2026. Ces travaux ont mis en évidence :
● Les difficultés d’orientation dès les premiers signes liées au manque de connaissance sur les ressources disponibles et de formation sur l’intervention précoce, ses principes d’action et son utilité ;
● L’éclatement des dispositifs existants et le manque de coordination entre les acteurs se traduisant en une absence de réponse graduée et lisible sur les territoires ;
● Les multiples silos entre les acteurs de l’éducation, du soin et du médicosocial, ainsi qu’entre les professionnels de la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et la psychiatrie adulte.

À l’échelle internationale, les programmes de Détection et d’Intervention Précoce (DIP), développés depuis les années 1990, ont démontré leur efficacité clinique et médico-économique. Ils permettent d’améliorer le pronostic fonctionnel, de préserver les trajectoires de vie et présentent un gain économique majeur (15 € économisés pour 1 € investi). Lorsqu’ils interviennent dès les premiers signes atténués, ils réduisent d’un tiers le risque d’évolution vers des troubles sévères.
L’intervention précoce constitue un changement de paradigme : elle ne repose pas uniquement sur un diagnostic rapide, mais sur une intervention dès l’apparition d’une altération du fonctionnement, avant la crise et avant la catégorisation diagnostique formelle. Elle s’appuie sur une approche innovante sortant des silos traditionnels et adopte une logique de staging, inspirée de l’oncologie, avec des soins adaptés au stade évolutif du trouble et aux contraintes et usages des jeunes.

L’intervention précoce en psychiatrie chez l’adolescent et le jeune adulte constitue une avancée majeure en santé mentale. En intervenant rapidement, de manière globale et personnalisée, elle améliore le pronostic médical et social, favorise le rétablissement et limite l’impact financier et sociétal des troubles sévères. De plus, elle représente une avancée majeure et attractive pour les professionnels en portant une vision optimiste des capacités de rétablissement des jeunes.
Son déploiement à l’échelle nationale représente un enjeu stratégique pour accompagner les nouvelles générations vers l’âge adulte avec les meilleures chances de développement, sans perte de chance, dans une société plus inclusive et attentive à la santé mentale.

Auteurs & structures

  • Dr Rachel Bocher, Psychiatre des Hôpitaux, Cheffe de pôle au CHU Nantes
  • Pr Marie-Odile Krebs, Psychiatre d’adulte, Cheffe du pôle PEPIT au GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences, Responsable d’équipe à l’IPNP Inserm UMR1266 – Université Paris Cité, Coordinatrice du réseau Transition et du RHU PsyCARE
  • Mme Angèle Malâtre-Lansac, déléguée générale pour l’Alliance de la Santé Mentale.
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Bibliographie

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